Objection from a former drunken sailor

Tu me connais, je suis fondamentalement un sale type.
Il est de notoriété publique que je passe les soirées seul chez moi, à me nourrir exclusivement de coquillettes, buvant de la mauvaise bière à même la canette, et ne supportant pas que de la vaisselle reste dans l’évier pendant la nuit.

Pour moins que ça, de nombreuses personnes ont dû répondre de leurs actes devant leurs pairs, je le sais. Il n’y a guère à s’étonner, après tout, je n’ai que ce que je mérite, je l’ai choisi : j’ai un métier dont je savais sciemment qu’il serait mal payé, et je l’ai fait QUAND MÊME. Le genre de métier dont tout le monde loue les merveilleuses qualités intellectuelles et culturelles, voire humaines. Mais dont personne n’accepterait ne serait-ce que deux minutes les émoluments, mis à part peut être un ouvrier agricole complètement bourré qui se serait perdu et qui aurait vu de la lumière. (je triche, l’ouvrier agricole est tout le temps bourré, c’est une image facile) (sauf dans la Sarthe, dans la Sarthe ils sont fous)

Donc bref, pour en finir avec cette histoire de métier qui ne va nulle part, je sais plus ce que je voulais dire. Je crois que j’étais en train de dire à quel point j’étais un chic type, et ça fait bien zizir. Il me semble que je voulais donner mon avis impartial sur un sujet de société extrêmement important : les gens qui meurent. Les gens qui meurent, vois-tu, c’est pas très sympa, parce que ça fait de la peine à la famille et du travail dégoûtant à la voirie. Moi je trouve que ces jeunes qui organisent des apéritifs géants sur Facebook ils sont complètement irresponsables. On devrait leur apprendre un métier décent de force pour qu’ils arrêtent un peu leurs bêtises.

J’en parlais l’autre midi avec Riton et Dédé au Café des Sports (ou le Rallye, je ne sais plus, on tourne). On était tous bien d’accord sur le sujet, que c’était très très stupide de se retrouver comme ça sur une place pour se murger la gueule jusqu’à pas d’heures. On était un peu tendus à cause du boulot qui est la misère de l’ouvrier, alors on s’est un peu échauffé l’esprit, et on en a parlé un petit moment. Riton a payé son coup parce que son fils a eu son brevet en avance, puis Dédé parce que sa chienne avait mis bas.

C’est émouvant des moments comme ça, ça nous rend tout bizarres, alors on a bu un petit coup par dessus pour rester des hommes. Moi j’ai payé un coup pour… parce que… pour une bonne raison, alors bon tout ça nous a mené vers l’heure du journal régional. On est resté pour le regarder entre amis donc on a pris le pastis avec les olives, c’est traditionnel. Ça a du bon les traditions quoiqu’on en dise, ça maintient les choses en place, ça évite les débordements de la chienlit comme ces jeunes avec leurs trucs géants.

Après les choses se sont enchaînées comme d’habitude, je ne sais plus à quelle heure on est sortis, mais on était bien contents d’avoir défendues les valeurs de la France du Maréch… du Général. En sortant on a eu un souci avec un type qui était en train de se garer à moitié sur le pare-choc du camion de Riton, alors Riton ça l’a un peu énervé. On a essayé d’expliquer au type que c’était pas bien, qu’il s’y prenait mal, mais il nous comprenait pas bien alors on a un peu haussé le ton, normal quoi, qu’on se comprennent, parce que bon il était certainement immigré hein vu son teint basané.

Lui il disait que non, c’était le camion qui était mal garé, mais comme on était pas d’accord ça s’est un peu envenimé parce que ce camion, Riton il y tient c’est son outil de travail vous voyez. L’immigré il peut pas comprendre lui son outil de travail c’est la matrice de sa femme. Je critique pas hein, c’est une autre culture. Bon Riton et le type ils se sont empoignés à un moment, après c’est allé très vite, j’ai pas compris, mais à la fin Riton était debout et pas l’autre, il a bredouillé qu’il l’avait pas fait exprès, que l’autre s’était cogné tout seul, et il est parti en courant, tout blanc. Dédé et moi on était déjà partis parce que la vue du sang nous rend malades, on y peut rien, c’est pathologique, et puis il était quand même très très tard.

On a pas vu Riton pendant deux jours au café, on s’inquiétait vachement parce que c’est notre copain quand même, et puis on a fini par apprendre dans le supplément municipal du journal qu’il avait été poignardé dans une ruelle par les frères du type. On était tellement révoltés qu’on a préféré rien dire à la police parce qu’on aurait sûrement perdu tout sens commun, et on se méfie des flics, ils sont pas objectifs ces salauds.

Alors vous voyez, hein, vos apéros géants, ça me fait bien rigoler. Ptits cons.

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3 réflexions au sujet de « Objection from a former drunken sailor »

  1. Un de mes textes préférés, j’aime bien comment on découvre peu à peu le personnage. Je laisse un commentaire horriblement en retard mais comme ce soir je m’ennuyais, j’ai eu envie de rattraper cet oubli.

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