Dr Howdy – Savoir boire & savoir se tenir

“Attends que je sois sobre et tu vas voir ta gueule !”

Mes jeunes camarades, je sais combien la jeunesse qui est la vôtre aime à se retrouver le soir dans des cabarets mal famés afin de deviser entre amis, de parler de vos vies sentimentales, de votre passé militaire. C’est tout à fait naturel, les jeunes gens ont souvent besoin de confronter leurs expériences nouvelles à l’aune de celles de leurs camarades (“un concours de bite” comme vous dites). Je sais aussi, car il m’est arrivé la même chose lorsque j’étais jeune encor – même si j’avais plus de poils au pubis que vous – que lors de ces viriles réunions, vous buvez de l’alcool. Ne niez pas, j’étais là au Drugstore vendredi dernier.

Autant le gentilhomme moderne se doit de montrer qu’il sait boire, autant il ne doit absolument pas être vu en position de faiblesse, rendant tripes et boyaux dans le caniveau sordide de sa déchéance parisienne. Mais ne vous inquiétez pas mes bons ! Le docteur est là pour vous infuser sa science de l’alcoolisme mondain. Je ferais de vous des vikings, mes petits.

  1. Manger, c’est tricher. Eh oui, hélas, il y a une règle de base pour se faire bien voir : il faut ingurgiter le maximum de boissons alcoolisées, sans pour autant montrer que l’on se sustente en même temps. Plusieurs solutions à cela : manger avant de sortir, simple et efficace mais on n’en a pas toujours l’occasion. Cacher de la nourriture dans ses manches ou ses poches de veston, que l’on absorbera dans les toilettes. Attention à l’odeur quand même. Ou alors, ne pas manger du tout et espérer que ça passe.
  2. Lorsque vous entrez dans le débit de boisson, faites vous plaisir en douceur : commencez par commander votre boisson préférée, mais pas en trop grande quantité d’un coup. Il faut amorcer l’épreuve sans violence, vous apprivoiserez ainsi mieux votre organisme à l’ouragan de violence qui s’apprête à déferler sur lui.
  3. Portez du noir, ou à défaut, du sombre. Les taches de boisson sont l’ennemi numéro un du noceur. Des vêtements pouvant occulter lesdites taches sont donc de rigueur.
  4. Prêtez attention aux mimiques de vos compagnons lorsque vous parlez, elles sont le meilleur indicateur de votre perte de contrôle. S’ils font la grimace, vous parlez sans doute trop fort. S’ils vous regardent ironiquement, il va falloir commencer à vous poser des questions. Dans le doute, moquez-vous d’eux en premier.
  5. N’hésitez pas à boire de l’eau en cachette, aux toilettes par exemple. Même si l’hygiène des lieux d’aisance n’est pas en général appel à coller votre bouche au robinet, dites vous bien que si ce n’est pas la dysenterie, ce sera le cancer du foie qui vous tuera. On ne vit qu’une fois, corne de bouc !
  6. Attention à vos tentatives de séduction ! Si jamais vous vous sentez en verve d’accoster une jeune femme que vous auriez repérée dans la foule de l’estaminet, assurez-vous qu’elle boive de l’alcool, en premier lieu. Hélas, certaines harpies ne consomment que du lait de jument, fuyez-les comme la peste, elles vous épouseront dans la semaine et vous tueront dans le mois. De plus, si votre proie s’avère consommer une de ces boissons de faibles comme le mojito ou le cosmopolitain, elle n’en sera que plus facile à séduire. Femme qui rit, à moitié dans ton lit; femme qui picole, à moitié tu la caracoles.
  7. Si jamais d’ordinaire, un faquin vous aurait provoqué sous le prétexte fallacieux que vous ayez touché le derrière de sa bonne amie, ou que vous ayez renversé son verre sur sa chemise, tentez de fuir le combat. Se battre saoul, à moins qu’on fasse partie du dernier carré de grognards à Austerlitz, est la dernière chose stupide à ne pas faire. Toutefois, si vous ne pouvez pas y échapper, tentez de vous faire vomir sur l’adversaire. Ce sera bref et précis : l’échauffourée sera terminée aussitôt, et même si ça manque de classe, au moins vous aurez gagné.
  8. N’oubliez pas, lorsque vous partez : préférez un taxi à tout autre mode de locomotion. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une fois vos chopes consommées, le danger n’est plus dans le débit de boissons, mais entre celui-ci et votre domicile. La route est longue, titubante, et autant les forbans dans le métropolitain que la maréchaussée dans l’autobus sont plus dangereux qu’un chauffeur de taxi du Commonwealth.

On m’a souvent demandé ce qu’un gentilhomme de bon goût se devait d’absorber comme type d’alcool. Eh bien, de nos jours, les bons bourbons étant hors de prix, et l’absinthe n’étant que le pâle reflet de ce qu’elle fut, il n’y a plus guère de solutions de rechange : l’armoire à apéritif de votre grand-oncle.

A bon entendeur, à votre santé.

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